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    Sihyn Lurpryn

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    The Last Dodo

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    Sihyn Lurpryn

    Message par The Last Dodo le Sam 21 Avr - 3:49

    Nom de compte forum : The Last Dodo
    Nom de compte IG : Del_Castiyoyo

    Nom du personnage :Sihyn Lurpryn
    Race : Humain
    Âge : Entre 25 et 30 ans.

    Description : Malgré sa taille relativement moyenne, Sihyn ressort dans les foules. Ses mouvements sont toujours précis, et son regard, quoique malicieux et qui dévie parfois légèrement vers la gauche ou la droite, comme s'il guettait quelque chose, reste perçant. Ses cheveux noirs, mi-longs, encadrent un visage aux pommettes légèrement relevées, aux yeux sombres très subtilement étirés, et qui arbore en permanence une barbe de trois jours soigneusement taillée... Ou qui ne croît pas plus.

    Il arbore la plupart du temps des tons sombres, rehaussés de touches colorées originales, comme du pourpre -et du vrai, pas du violet- Ses vêtements sont pratiques, quoique leur coupe soit parfois un peu hétérodoxe, notamment lorsqu'il décide de se débarrasser d'une manche. A sa ceinture pendent généralement deux épées courtes, ainsi qu'un livre qu'il ouvre, de temps à autre, pour griffonner.

    Pour ceux qui l'entendent parler, et ils sont nombreux tant il semble apprécier ses discours, sa voix est grave et rocailleuse, teintée d'une très légère touche d'accent du sud, peut-être du Shaar ou du Lapaliiya.
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    The Last Dodo

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    Re: Sihyn Lurpryn

    Message par The Last Dodo le Sam 21 Avr - 4:10

    Disclaimer : Ce qui suit, quoiqu'à la troisième personne, est écrit du point de vue de Sihyn. Les faits relatés sont peut-être vrais, peut-être faux, peut-être de simples rêves, peut-être des récits qu'il a faits un jour à la taverne, certainement influencés par sa vision des choses.
    Ils n'ont que pour but d'être distrayants.




    Il saisit l'un des rondins fichés dans la falaise, en se forçant à ne pas regarder en bas. Il n'était pas grimpé au sommet de l'Escarpe, bien sûr, mais il devait tout de même être à une quarantaine de mètres au dessus du sol. Toute chute aurait été fatale.
    C'était tant mieux.

    En se hissant, l'adolescent sourit à son compagnon de route. Celui-ci était déjà assis sur le cercueil, sans doute hissé ici des décennies plus tôt ; les marques indiquaient qu'il appartenait à un membre de la tribu du Rhinocéros, d'un clan proche des Collines du Conseil.
    Il s'assit à ses côtés, en soupirant, et laissa son regard parcourir la grande prairie à ses pieds. Du haut de l'Escarpe, disait-on, on pouvait voir l'entièreté du Shaar. C'était faux, bien sûr ; il l'avait vérifié lorsque la tribu s'était déplacée vers de nouveaux pâturages, plus en hauteur. Mais il était certain que...
    - L'expédition de demain va être intéressante.
    Le jeune guerrier roula des yeux ; quoiqu'il arrivait, il était certain que Hastiin serait là pour l'empêcher de réfléchir. Il l'appréciait, bien sûr, mais ç'avait été ainsi depuis des années, et ça le serait encore sans doute bien longtemps.
    Et pourtant, son camarade n'avait pas tort. L'expédition allait l'être ; il avait fait ses premières armes depuis bien longtemps, bien sûr, que ce soit en chevauchant avec les jeunes, ou plus tard en se faufilant dans les hautes herbes pour jaillir sur les caravanes qui traversaient la prairie. Mais cette fois-ci, ils allaient fondre comme l'Ankheg sur une grande caravane. Les informateurs disaient qu'elle regorgeait d'armes de métal, forgées dans une ville qui l'était tout autant ; d'après les éclaireurs, les gardes portaient ce qu'il avait vu à l'occasion aux Collines du Conseil, des vêtements d'acier qu'ils nommaient armures.
    L'assaut serait risqué. Mais le butin...

    Il laissa pourtant battre ses jambes dans le vide, sans répondre, et tira un couteau d'os, dentelé. Il l'avait taillé après l'une de ses premières chasses, lorsqu'avec les autres jeunes, ils avaient chassé avec succès un lion. Il avait décidé qu'il l'avait bien mérité ; et qui aurait pu lui dire l'inverse ? Ils étaient tous des fils de la prairie, libres grâce aux combats de leurs ancêtres et aux leurs. Ligaii, l'un des anciens, leur contait les histoires de leurs luttes. Le lac de sel d'Azulduth, fait des larmes de ceux qui avaient cherché à s'opposer à la liberté des nomades ; les forêts où s'étaient réfugiés les armées de ceux qui avaient désiré leur faire porter des chaînes ; les villes où vivaient ceux d'entre eux qui avaient oublié leurs racines, leur force.

    Après un temps, le jeune guerrier se décida à baisser les yeux vers la prairie. Son groupe s'apprêtait à passer la nuit, et les grands chevaux qui avaient fait la renommée des tribus paissaient, librement, à une petite distance. Il lança un bref signe de la tête vers Hastiin, et tous deux entamèrent la descente.

    Une fois qu'il posa le pied au sol, un de ses compagnons approcha, et lui lança un bref signe de tête, puis lui tapa brièvement l'épaule.

    - Sihyn. Nous n'attendions plus que toi. La caravane va descendre de l'Escarpe d'un instant à l'autre.
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    The Last Dodo

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    Re: Sihyn Lurpryn

    Message par The Last Dodo le Mer 2 Mai - 4:02

    Disclaimer : Ce qui suit, quoiqu'à la troisième personne, est écrit du point de vue de Sihyn. Les faits relatés sont peut-être vrais, peut-être faux, peut-être de simples rêves, peut-être des récits qu'il a faits un jour à la taverne, certainement influencés par sa vision des choses.
    Ils n'ont que pour but d'être distrayants.



    Huit mille sept cent treize. Huit mille sept cent quatorze. Huit mille sept cent quinze. Huit mille sept cent dix-sept. Huit mille sept cent dix-huit. Huit mille sept cent dix-neuf. Huit mille sept cent vingt. Huit mille sept cent vingt-deux. Huit mille sept cent vingt-trois.

    Non, il en avait raté une. Une seconde qui était passée sans qu'il ne parvienne à la compter. Il fallait tout recommencer.

    Un. Deux.

    Sihyn porta une main à ses yeux alors que la lourde porte de fer s'ouvrait, inondant de lumière la minuscule pièce où il se trouvait. Aveuglé, il se sentit saisi par des bras puissants et traîné jusqu'à une chaise, sur laquelle on l'assit. Lorsque sa vision commença à réellement lui revenir, il était dans un bureau, face à un homme négligemment installé dans un fauteuil. L'homme avait une peau et des cheveux sombres, des yeux émeraude, verts comme l'herbe dans la prairie après les pluies, au bord de la Shaar, verts comme...
    - Eh bien ?
    Le jeune homme cligna des yeux et se força à se concentrer, jetant un oeil à droite, puis à gauche, pour voir d'où avait pu venir la voix. Il reporta ensuite ce qui lui restait d'attention sur l'homme.

    Il avait passé les derniers jours enfermé dans le minuscule réduit de métal d'où on venait de le sortir, ne recevant de repas qu'à travers une minuscule fente dans la porte. Il avait beau essayer, il était incapable de réellement se concentrer sur son interlocuteur. De toute façon, ce dernier ne faisait que lui raconter l'évènement qui l'avait mené ici.

    À sa grande surprise, il s'aperçut que, s'il était certain de savoir ce qui s'était passé, il n'en n'avait guère plus de souvenirs. Tandis que l'homme en face de lui racontait l'attaque de la caravane, il n'arrivait qu'à se demander si de tels faits s'étaient réellement passés. Alors qu'il le félicitait pour la manière dont il avait enfoncé son couteau dans la gorge du chef des gardes, il...
    Son couteau. Où était-il ?!

    Sihyn se releva d'un bond, alarmé, en balayant la pièce du regard. Là, il était là ! Le couteau d'os trônait sur un petit piédestal à côté. Il l'avait taillé dans le squelette du premier lion qu'il avait tué ; maintenant qu'il y repensait, il voyait encore le sang séché sur la lame. Il devait le récupérer, immédiatement.
    Après un bond vif, l'arme était à sa portée, et il referma la main sur la poignée ornée de cuir -la peau du lion-, pivotant pour s'enfuir. Il y avait une porte, entre deux statues de métal, sans doute l'endroit d'où il venait ; il devait l'atteindre, il devait...
    Les statues bougèrent alors qu'il se précipitait sur la porte, et il ressentit une vive douleur derrière la nuque. Après de longues secondes, il réalisa qu'il était au sol, serrant fermement dans sa main une plume blanche.

    Il fut de retour dans la chaise, de retour face à l'homme qui poursuivait son histoire. Son crâne était douloureux, mais il était incapable de se dire à quel moment les statues -des gardes en armures de métal ?- l'avaient remis à sa place.
    - Eh bien ?
    La voix qui l'interpellait, à nouveau. Cette fois-ci, c'était l'homme en face de lui qui avait parlé, en haussant un sourcil. Par réflexe, il l'imita.
    - Être vert ne vous sauvera pas. Comme l'herbe où paissent les bêtes et qui ne repousse.
    Les mots étaient sortis de sa bouche avant qu'il n'ait eu le temps d'y réfléchir, soufflés par Hastiin. Hastiin ? Oui, son vieux compagnon était assis à côté de lui, sur une chaise voisine, un oeil poché et l'air épuisé. Bien, parfait, il n'était plus seul, il pourrait...
    Une gifle mit un terme brusque à ses pensées. Un des gardes s'était porté à côté de lui, et le tenait désormais par les cheveux en lui hurlant dessus des mots qu'il ne comprenait plus, avant de s'arrêter sur un geste las de l'homme. Sihyn tourna pourtant la tête, brièvement, vers son compagnon, pour l'invectiver dans la langue des nomades.
    - Nizéé' ! Silence !
    A nouveau, un haussement de sourcils de l'homme. Peu importait, il ne comprendrait pas, de toute façon. En inspirant, le jeune homme reporta une nouvelle fois son attention sur l'individu aux yeux verts.
    - Lorsque vous aurez terminé vos petits jeux, nous pourrons terminer cet entretien d'embauche.

    Entretien ? Ce n'était pas... Un entretien. Ça n'avait aucun sens, il ne voulait même pas être ici ! Alors qu'il se levait pour en informer son interlocuteur, un garde le gifla à nouveau, et il retomba, en grognant.
    - Nous vous offrons la possibilité de faire ce que vous savez faire de mieux. Vous serez payé avec quelque chose qui est bien meilleur que l'or, bien meilleur que tout l'acier : la liberté. Ou, du moins, le droit de voir la lumière du jour lorsque les panaches de fumée cessent de sortir des cheminées.

    Sihyn porta ses mains à son crâne, en grognant de nouveau. Liberté, or, acier... Il avait tellement de mal à suivre, tellement de mal à comprendre. Qu'était-il ? Un employé ? Un prisonnier de guerre ? Que voulaient ces hommes ?

    Avant qu'il n'eut pu faire de réponse, il était de retour dans la cellule d'où on l'avait sorti.
    Huit mille sept cent vingt-quatre, huit mille sept cent... Non, il avait dû arrêter.
    Son crâne le lançait terriblement. S'il restait ici, les migraines allaient s'aggraver.
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    The Last Dodo

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    Re: Sihyn Lurpryn

    Message par The Last Dodo le Mer 2 Mai - 4:44

    Disclaimer : Ce qui suit, quoiqu'à la troisième personne, est écrit du point de vue de Sihyn. Les faits relatés sont peut-être vrais, peut-être faux, peut-être de simples rêves, peut-être des récits qu'il a faits un jour à la taverne, certainement influencés par sa vision des choses.
    Ils n'ont que pour but d'être distrayants.



    Fumée entre les fumées, volute entre les volutes,
    Je trône perché sur les toits de Khôltar.
    Plus doué pour grimper, pour condamner au noir,
    Je prie alors qu'on pardonne ces anacoluthes.

    Loin de tout et de tous, l'esprit presque à la paix,
    Une fois n'est pas coutume, la plume vainc l'épée.
    Est-ce une histoire, est-ce un conte, est-ce un récit ?
    Tout au plus, un artifice que m'a suggéré un ami.
    (Qui m'en voudrait terriblement que je ne sois pas suffisamment formaliste. Ajiba, si tu trouves ce texte, pars du principe que je sais que tu me pardonneras de toute façon)
    Je l'entends dès que s'approche la nuit.
    Murmurant à mon oreille, s'efforçant d'être là ;
    Ce que nul n'avait jusqu'alors fait pour moi.
    Domptant sans peine et mes humeurs et l'ennui.

    Voici alors une confession : j'ai volé quelques poires.
    Et accompli quelques autres actes.
    Mais ici, aucun meurtre et aucun crime, aucun devoir.
    En haut des toits, plus rien ne saurait me chaloir,
    Les tourments ne sont qu'un artefact ;
    Une seule voix résonne sur mon perchoir.

    Et je grimpe au dessus des foules, seul et bien calme,
    Comme seulement l'on peut échapper au vacarme.
    Je vois d'ici les forges, les rues, les kathlaeddin,
    Les murailles de fer où se reflète le visage de Sihyn.



    Les jambes dans le vide, il abandonna le morceau de papier sur lequel il venait de griffonner son maladroit poème pour regarder des dizaines de mètres en bas, dans les rues de Khôltar. Les gens s'y agitaient, vaquaient à leurs occupations. Il se demanda un instant où était Ajiba, avant de remarquer, un peu plus blanc que les autres -lui et les fidèles s'efforçaient de maintenir le bâtiment plus ou moins à l'abri de la suie qui recouvrait la ville- le petit autel des Durpari.

    Ajiba... Le prêtre avait été une réelle bouffée d'air frais à Khôltar. Il avait passé près de quatre ans, supposait-il, au service exclusif des Lurpryn ; ils l'avaient enrôlé à la suite d'entretiens dont il n'arrivait qu'à se rappeler qu'ils étaient profondément désagréables, et il était devenu l'un de leurs hommes de main. Là où d'autres brisaient des genoux, ceux des mauvais payeurs, lui s'occupait des très mauvais payeurs. Leur famille, généralement, était prompte à payer ensuite.
    Durant quatre ans, il avait survécu comme il le pouvait, naviguant au milieu des intrigues, de la sauvagerie, de la violence. Les habitants de Khôltar étaient après tout des cousins des nomades de la prairie, et ils avaient gardé leur goût de l'affrontement. Tout au plus étaient-ils plus discrets, et parfois plus hypocrites.

    Il avait servi loyalement les Lurpryn, arrachant un peu plus de liberté au fil des "contrats" qu'il se voyait allouer. Il suffisait d'obéir. Lorsqu'il avait pu commencer à vagabonder seul en ville, il était tombé sur la petite communauté des marchands du Durpar, et Ajiba, leur prêtre.
    Sans qu'il ne parvienne à se l'expliquer, il l'avait immédiatement apprécié, et c'était réciproque. Le prêtre et lui avaient pu avoir de longues discussions, au cours desquelles il lui avait raconté d'innombrables choses sur lui, dont certaines même qu'il n'avait jamais dites à personne, et en avait compris plus encore. Ses migraines s'étaient apaisées, petit à petit, avec tous leurs effets secondaires. Il arrivait désormais sans peine à faire la distinction entre la réalité et les effets secondaires en question.
    Ça n'avait qu'amélioré son travail. Il avait cessé de seulement survivre, pour commencer à vivre. Ajiba lui avait appris à lire et à écrire ; rapidement, il avait obtenu le droit de consulter la bibliothèque des Lurpryn, affirmant non sans raison qu'un homme de main cultivé était beaucoup plus efficace qu'un idiot. Il s'était entraîné à se fondre dans les foules, n'importe quelles foules. Il parlait plus, et mieux, maintenant qu'il n'avait plus à craindre de se laisser emporter dans des divagations que nul n'arriverait à suivre. Il suffisait d'obéir. Ajiba autant que les Lurpryn l'aidaient à oublier la prairie. Sans pour autant être un vrai citadin, il commençait presque à se sentir chez lui.

    La vie était belle. Rythmée par ses contrats et ses discussions, équilibrée, et pour ainsi dire même apaisante. D'ici quelques temps, il pourrait peut-être prendre une retraite anticipée, fonder une famille. Pourquoi pas devenir conteur ou se mettre à la poésie ?
    Cessant de regarder la cité grouillante de vie à ses pieds, il tendit la main vers l'enveloppe cachetée qu'il avait gardée près de lui et l'ouvrit. A l'intérieur se trouvait le parchemin sur lequel était écrit le nom de son prochain contrat.
    Il le lut.

    Ajiba.


    Hastiin, assis à côté de lui, lui lança un sourire triste.
    - Il suffit d'obéir.
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    The Last Dodo

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    Re: Sihyn Lurpryn

    Message par The Last Dodo le Lun 7 Mai - 5:20

    Disclaimer : Ce qui suit, quoiqu'à la troisième personne, est écrit du point de vue de Sihyn. Les faits relatés sont peut-être vrais, peut-être faux, peut-être de simples rêves, peut-être des récits qu'il a faits un jour à la taverne, certainement influencés par sa vision des choses.
    Ils n'ont que pour but d'être distrayants.



    Le klathlaeddin des Lurpryn était silencieux. Il paraissait à Sihyn qu'il n'y avait plus que deux êtres éveillés ; lui-même, bien sûr, et Eukaïra, qui l'accompagnait à pas de loups.
    Eukaïra... Dans la plaine, elle aurait été considérée comme chanceuse ; comme tous les Lurpryn, elle avait des yeux émeraude, saisissants et profonds. À Khôltar, elle ne l'était pas. Elle était une vague cousine éloignée des cousins éloignés de la branche principale de la famille, et n'avait pour principale source de revenus qu'un petit pâté de maisons, dont elle était propriétaire et qu'elle louait à prix d'or.
    Sihyn et elle s'étaient rencontrés dans les couloirs du klathaeddin. Elle était sympathique et lui avait conseillé plusieurs ouvrages à la bibliothèque, et il s'était rapidement aperçu qu'il pourrait se servir de cette amitié. Il l'avait savamment entretenue, mettant à profit tout ce qu'il avait appris des Lurpryn sur l'infiltration en milieu noble. Rapidement, ils étaient devenus plus qu'amis ; un peu après, il s'était aperçu qu'il l'appréciait réellement, et qu'il était toujours plus attentif à ses longs discours sur la liberté, le changement, le futur toujours différent et la nécessité de briser le statu quo. Les mots qu'elle lui adressaient parlaient à son esprit, et c'était suffisamment rare, pour lui qui était devenu si cynique, pour être noté.
    La côtoyer avait même mis un coup d'arrêt aux migraines, revenues depuis la mort d'Ajiba.

    Il leva la main pour lui faire signe d'arrêter, alors que deux gardes traversaient le couloir en discutant, posément, comparant des recettes de fondue khôltarienne. Il n'y avait aucun risque qu'ils ne les voient -il était bien formé, et il s'était assuré d'enseigner une partie des bases à Eukaïra-, mais la mission importait plus que tout.
    Celle-ci était simple. Ils allaient mettre un coup de pied dans la fourmilière. Pour cela, il avait expliqué à Eukaïra qu'il avait besoin de son aide, qu'ils devaient tous les deux cambrioler la propre demeure des Lurpryn, leur voler de vieux bijoux, pour les laisser être trouvés par les Surlpar. La rumeur enflerait vite, provoquant sans doute une guerre entre les familles, et donc l'opportunité pour Eukaïra d'avancer ses propres plans.
    Et ainsi avaient-ils mis leur plan en œuvre, s'infiltrant dans le lieu où ils vivaient, se plaquant dans des recoins qu'ils voyaient chaque jour, et s'approchant un peu plus de la porte de fer qui gardait l'accès à la réserve.
    Lorsqu'ils la virent, Sihyn leva de nouveau la main et la désigna à Eukaïra, avec un petit signe de tête. Il avait bien examiné la porte, de jour comme de nuit, pour s'assurer des défenses.

    Comme il l'avait prévu, une longue langue de flammes jaillit du mur pour s'abattre sur sa compagne, qui s'écroula en hurlant. Il ferma un instant les yeux, les rouvrit, et s'enfuit dans le couloir.
    Il n'avait pas voulu la tuer. Mais il ne voyait pas d'autre moyen, pas d'autre choix pour garder l'esprit sain et fuir Khôltar. La mort d'Eukaïra provoquerait un chaos considérable au sein de la famille Lurpryn ; ses circonstances, dans le cambriolage de sa propre demeure, des troubles plus violents encore. Il allait pouvoir, devoir, en profiter.


    Le lendemain au soir, il avait franchi les portes ouest de Khôltar, à cheval, tandis que les Lurpryn étaient trop occupés à chercher un mobile à l'acte de leur cousine. Ils découvriraient sans doute, se dit Sihyn en se tournant vers la Cité de Fer, qu'il avait disparu. Ça importait peu ; lorsqu'ils s'en apercevrait, il était loin. Ils avaient voulu faire de lui un meuble. Comme les meubles, il pouvait bouger.
    Son esprit vagabonda encore quelques minutes, alors que son regard parcourait les murailles de fer. Lorsque le soleil descendit suffisamment, il se refléta sur les murs de métal, éclatant, aveuglant, et Sihyn se força à le fixer, jusqu'à ce qu'une ombre paraisse tomber sur ses yeux.
    Ils se brouillèrent de larmes. La joie d'être libre, sans doute. Il ne voulait pas penser aux sacrifices auxquels il avait consenti. Qu'il avait commis.

    Il fit pivoter son cheval, remarquant Hastiin à ses côtés, qui faisait de même en lui offrant un sourire franc.
    - Plus jamais un esclave, mon vieil ami.
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    Re: Sihyn Lurpryn

    Message par The Last Dodo le Ven 11 Mai - 5:08

    Disclaimer : Ce qui suit, quoiqu'à la troisième personne, est écrit du point de vue de Sihyn. Les faits relatés sont peut-être vrais, peut-être faux, peut-être de simples rêves, peut-être des récits qu'il a faits un jour à la taverne, certainement influencés par sa vision des choses.
    Ils n'ont que pour but d'être distrayants.



    Durant des mois entiers, Sihyn était parti vers l'ouest, suivant le soleil couchant. Il avait découvert les perles vertes de Sammaresh, les eaux chaudes d'Arnaden, que l'on nommait aussi le Lac de Vapeur, et le gigantisme de Calimport, où vivaient dans une seule ville autant de gens que dans la moitié de son Shaar natal.
    Il était finalement arrivé à Memnon, plus au nord de la capitale du Calimshan. Son cheval avait fini par expirer sous lui alors qu'il approchait des murailles de pierre noire, et il avait décidé que c'était un signe, qui lui indiquait de s'installer en ville.

    Après quelques autres mois, il quittait la cité. Il s'était fait un petit nom parmi les mercenaires locaux, au service des pashas de diverses guildes, avant de finir par réaliser les vieux réflexes dans lesquels il retombait. Eukaïra le lui avait affirmé ; il recommençait à s'intégrer aux intrigues de la noblesse, à tuer au nom d'autres, à sacrifier sa liberté pour la facilité. Il avait pris la route au beau milieu de l'hiver, vers le nord.

    Le Téthyr et ses forêts, les lacs et les rivières de l'Amn, les chaînes de montagnes, rien ne l'avait arrêté. Il poussait vers le nord, inlassablement, sans réellement savoir à quoi il était déterminé, vivant de brèves petites opérations mercenaires sur le chemin, sans jamais s'impliquer. Sa route s'était arrêtée après un an, à Elturel, avec les premières neiges -les premières de l'année, et les premières de sa vie. La ville était heaumite, mais il parvint à y passer un hiver presque agréable, s'assurant très vite d'être engagé comme palefrenier auprès des Cavaliers des Enfers, l'armée d'élite de la cité. Pendant quelques mois, il avait pu vivre une vie humble et apaisée.
    Les migraines avaient repris, petit à petit.

    Il repartit au sud, dans ce que l'on appelait les Terres de l'Intrigue, de nouveau sans réel but. Les villes le lassaient. Il avait été impressionné par la taille de Calimport, mais elles lui paraissaient désormais toutes semblables. Elturel était heaumite, Calimport était gouvernée par ses pashas, Athkatla par ses familles, le Téthyr par une fière et noble reine ; il n'y avait autour de lui plus que des murs, des murs qui entouraient des villes, des murs qui entouraient des gens, des murs qui entouraient des murs.
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    The Last Dodo

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    Re: Sihyn Lurpryn

    Message par The Last Dodo le Ven 11 Mai - 5:38

    Disclaimer : Ce qui suit, quoiqu'à la troisième personne, est écrit du point de vue de Sihyn. Les faits relatés sont peut-être vrais, peut-être faux, peut-être de simples rêves, peut-être des récits qu'il a faits un jour à la taverne, certainement influencés par sa vision des choses.
    Ils n'ont que pour but d'être distrayants.



    Assis sur le petit lit de la chambre miteuse qu'il avait louée à Keczulla, Sihyn s'efforçait de rester calme. Les migraines avaient repris, plus intenses qu'à l'accoutumée, alors qu'il s'enfonçait dans sa routine d'errance ; il venait de passer trois jours enfermé, hurlant à s'en casser la voix pour parvenir à s'entendre penser/panser les plaies ouvertes de son esprit.
    Ses dents claquaient ; il était frigorifié. Essuyant un peu de sueur sur son front, il n'arrivait plus qu'à marmonner à l'adresse d'Hastiin, qui le fixait.
    - La voix cassée m'empêche de trouver la route. Trouver la route, trouer la voûte, celle de l'âme à la poursuite d'une carotte...
    - Les villes te font vraiment du mal, pas vrai ?
    - Les vils font toujours du mal, c'est dans leur nom, non ? Non, c'est l'ouïe qui souffre, ou est-ce l'odorat qui aigu ? Elle brille... Elle brille ? Tu n'es pas là !

    Avec un hurlement de rage, il s'interrompit, saisissant la bouteille de whisky vide qui trônait sur sa table de chevet pour la jeter sur l'ombre qu'il projetait sur la fenêtre. Il était à l'étage, les passants ne le voyaient pas, le soleil l'aveuglait.
    - Sors d'ici, toi ! Tu n'es plus là ! Tu ne l'as jamais été comme hiver ! Hiver de ta vie, été brûlant, le feu était brûlant, feu l'ombre de feu...
    Il ferma les yeux, agrippant son visage un instant, le corps tout entier tremblant comme une feuille. La voix calme le prit par surprise.
    - Tu as oublié ta mandragore, Sihyn. Il y a des années que je t'explique qu'elle est essentielle. Ce n'est qu'un palliatif, mais...
    - Il y a désormais des années que tu ne m'expliques plus rien, que tu es l'écho de l'écho d'un écho ! Il y a des années que tu n'es plus là, que tu m'as lésé pourrir ! Des années que tu m'as désarmé ! Pars ! Partez tous ! Personne ici n'est censé, que ce soit être là ou l'être ! Et le néant, je veux le néant !

    Son poing s'écrasa contre le mur, faisant pleuvoir un plâtre taché de sang au sol. Le souffle court, il balaya la petite chambre du regard. Le lit était vide. Les rideaux étaient tirés sur la fenêtre. Il faisait nuit ?
    D'un bond, il alla tirer les rideaux, à peine surpris de voir se profiler de l'autre côté de la fenêtre le visage cuivré du durpari. Il détourna la tête vivement, avec un juron, et alla se laisser tomber sur le lit, le visage entre ses mains.
    - Je n'ai pas besoin de vous ! Pas ici, pas maintenant, pas vous !

    Lorsqu'il rouvrit les yeux, le temps lui avait semblé être ralenti. Il n'avait plus mal à la tête, et deux hommes en robe se tenaient à côté de lui. Ils étaient... Dans un chariot ?
    L'un des hommes lui posa une main sur l'épaule, mais il ne comprit pas ce qu'il lui disait. L'aider, souffrir, seul... Il avait l'esprit embrumé.
    Mais pas suffisamment pour ne pas réaliser ce qui se passait. On murmurait en Amn que les Mages Cagoulés enlevaient et enfermaient à l'asile de Spellhold les mages découverts pratiquant leur art... Mais aussi, comme dans tout bon asile, ceux qu'ils considéraient trop dangereux pour la société. Il avait mis ces rumeurs sur le compte de paysans un peu crédules.
    Mais avoir passé trois jours à hurler dans une chambre d'auberge les avait probablement réveillés.

    Titubant un peu, en s'éloignant des décombres du chariot et des corps qui y gisaient, il ne voulait pas se poser de questions. Les Mages avaient cherché à l'empêcher de partir. Se prenant les pieds dans une racine, il s'écroula, face contre terre.
    En se relevant, il vit Hastiin, debout face à lui, et un visage grimaçant derrière son épaule.
    - Tu as bien fait. Tu es libre.
    - Non, tu ne l'es pas. Idiot ! Mange-rouille !
    Il fit un geste vif vers les deux, avant de pivoter plus ou moins rapidement vers le chariot, en clopinant. Un homme en robe blanche, au visage cuivré, le fouillait déjà.
    - Oui, la mandragore est probablement là. Tu n'aurais pas dû faire ça, tu sais ? Tu aurais pu fuir sans les tuer.
    - Ils ont essayé de le priver de liberté. Silence, vieil homme.
    Hastiin était revenu, toisant Ajiba avec morgue.

    - Je vous ai dit que je ne voulais pas me poser de questions ! Qu'est-ce qui ne va pas, chez... Foutues constructions mentales.
    Il avait hurlé à l'adresse des deux, avant de s'interrompre, avec un geste vague de la main et un grommellement. Fouillant ensuite les composantes des mages, il découvrit mandragore, belladone, plusieurs morceaux de tissu, des élixirs, des onguents de protection, des amulettes, sans doute télékinétiques à cause des mains représentées dessus... Il se saisit de la mandragore, découpant une des racines en petits morceaux, dont un qu'il goba.
    Son ventre allait le lancer pendant une bonne heure, et ses réflexes seraient amoindris. Mais les migraines allaient s'apaiser, et il allait avoir le temps de réfléchir.

    Il se traîna rapidement vers une petite colline couverte de cyprès, s'allongea, et ferma les yeux. Il devait agir... Réfléchir, pour ne pas s'endormir sous les cyprès. Il devait se reprendre, ou il allait devenir fou.
    Il devait quitter l'Amn, quitter la Côte des Epées. A Keczulla, il avait entendu des mineurs parler d'un cataclysme qui venait de frapper le Lantan. "Venait", pour les mineurs de Keczulla, indiquait sans doute qu'il avait eu lieu il y avait plusieurs années, mais ça n'importait pas.
    Lorsque l'effet de la mandragore se dissipa, il se sentait bien mieux. De nouveau, il avait un but, atteindre le Lantan. Là-bas... Sans doute aviserait-il.

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    Re: Sihyn Lurpryn

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